Mise à jour du 15 septembre 2026Carte verte aujourd'hui, bascule demain. Au bulletin diffusé ce mardi à 6 h, Météo-France ne retient aucun département en jaune, en orange ou en rouge pour mardi 15 ; un seul, les Pyrénées-Orientales, passe en jaune orages mercredi 16. Pic de chaleur tardif aujourd'hui — 30 à 33 °C sur la moitié sud, 35 à 36 °C dans le Sud-Ouest, 36,1 °C relevés à Montpellier — puis bascule océanique mercredi, avec 7 à 15 °C de moins en vingt-quatre heures selon les régions. Coucher du soleil à 19 h 54, quatre minutes de jour perdues chaque jour. Avec 19 h 54 au coucher et quatre minutes perdues chaque jour, l'heure de demi-tour doit être avancée d'autant chaque semaine. Le brouillard ne fait l'objet d'aucune vigilance, quelle que soit la couleur de la carte : une France verte ne dit rien du gris de fond de vallée au petit matin. Dans les Alpes du Nord, l'isotherme 0 °C tombe de 4 500 m aujourd'hui à 3 400 m jeudi, sans que la limite pluie-neige descende sous 3 100 m : pas de neige sur les sentiers, mais environ 5 °C à 2 500 m avec du vent de nord — lire la limite pluie-neige et fixer son plafond d'altitude.

Un randonneur de 80 ans, parti mercredi 9 septembre 2026 en randonnée itinérante entre le refuge des Drayères (vallée de la Clarée, Hautes-Alpes) et le refuge de Terre Rouge (Valmeinier, Savoie) par le secteur du Mont Thabor, a passé la nuit dehors à plus de 2 000 m d'altitude avant d'être retrouvé vivant jeudi 10 septembre vers 17 heures par les CRS de Briançon, « déboussolé et fatigué », rapporte France 3 Auvergne-Rhône-Alpes. Selon les premiers éléments des secours, il « se serait perdu sur un sentier en montagne en raison du brouillard ». Trois choses l'ont sauvé, et aucune ne relève de la chance : il était attendu dans un refuge gardé, dont le responsable a donné l'alerte le soir même ; il s'est arrêté au lieu de continuer à descendre au jugé ; et son téléphone était allumé, ce qui a permis aux secours de le localiser « grâce notamment au système Catcher IMSI ». Ce récit est l'occasion de traiter un danger que randoguide n'avait jamais abordé en tant que tel, alors qu'il est, selon Météo-France, à son maximum précisément en cette saison : le brouillard.

Nous en profitons pour rappeler que ce site n'est pas un service de secours : en cas d'urgence, composez le 112 (ou le 114 par SMS si vous ne pouvez pas parler). Cet article complète nos guides que faire si on se perd en randonnée, s'orienter avec une carte et une boussole et le délai d'alerte et la fiche d'itinéraire.

Ce qui s'est passé au Thabor entre mercredi soir et jeudi 17 heures

Les faits, tels que les rapportent France 3 (éditions Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d'Azur), Seven Radio et la préfecture des Hautes-Alpes, citée par France 3. L'homme, 80 ans, effectuait une randonnée itinérante de plusieurs jours. Il a été vu pour la dernière fois mercredi 9 septembre alors qu'il s'apprêtait à relier le refuge des Drayères, dans la haute Clarée, au refuge de Terre Rouge, dans le vallon de la Neuvache à Valmeinier, « via le Mont-Thabor », un secteur escarpé à la limite des Hautes-Alpes et de la Savoie. Il devait passer la nuit à Terre Rouge, un refuge gardé implanté à 2 182 m dans le massif des Cerces.

Le premier maillon de la chaîne, c'est le gardien. « Inquiet de ne pas le voir arriver, le responsable du refuge a alerté les secours », écrit France 3. Dès mercredi soir, les CRS de Briançon et d'Albertville, unités de secours en montagne de la police nationale, sont engagés avec deux hélicoptères, « malgré un brouillard dense ». En vain : au petit matin, l'homme est toujours introuvable. Jeudi vers 16 heures, la CRS Alpes lance un appel à témoins avec un numéro direct. Une heure plus tard, vers 17 heures, les CRS de Briançon le retrouvent vivant, « déboussolé et fatigué », « grâce notamment au système Catcher IMSI » selon France 3. Il est transporté au centre hospitalier de Briançon pour y être examiné ; la préfecture des Hautes-Alpes indique, dans un communiqué cité par France 3 Provence-Alpes-Côte d'Azur, qu'il a été « retrouvé vivant et en bonne santé ».

Ce que les secours ont dit de la cause tient en une phrase : « l'homme se serait perdu sur un sentier en montagne en raison du brouillard ». Ni chute, ni malaise, ni erreur d'itinéraire au départ. Un randonneur expérimenté, sur un itinéraire connu, que la disparition des repères a simplement empêché de trouver un refuge situé à quelques kilomètres. Le trajet lui-même n'a rien d'exotique : le site du refuge décrit la liaison depuis la Clarée par le refuge des Drayères, le col des Plagnettes (2 520 m), la variante du tour du Thabor jusqu'au pas des Griffes (2 554 m) puis la traversée sous le mont Touvet, soit « 19 km, D+ 820 m, D- 662 m », avec cet avertissement révélateur : « Attention à bien pousser jusqu'aux Barmettes avant de traverser la rivière ». Autrement dit, un vallon d'alpage, parsemé selon le refuge d'une centaine de chalets et donc d'autant de sentes, où le bon sentier ne se distingue des autres que par des détails de terrain. Par temps clair, ces détails se voient. Dans le brouillard, non.

Pourquoi le brouillard est le danger de septembre que personne ne prépare

Chaque été, nous préparons la chaleur, les orages, les névés, les torrents. Le brouillard, lui, n'a ni couleur de vigilance ni bulletin dédié pour le randonneur, et il arrive précisément quand la montagne a l'air la plus sûre. Météo-France le définit comme « la suspension dans l'atmosphère de très petites gouttelettes d'eau réduisant la visibilité au sol à moins d'un kilomètre », et précise que c'est « en fait un nuage dont la base touche le sol ». Entre 1 et 5 km de visibilité, on parle de brume. Sur une crête ou dans un vallon d'altitude, le brouillard n'est le plus souvent rien d'autre qu'un nuage accroché au relief : le randonneur est dedans, à la hauteur où, vu de la vallée, on dirait simplement que « le sommet est bouché ».

Trois points de la fiche Météo-France concernent directement la montagne. D'abord la saison : « la saison la plus favorable à la formation de brouillard est l'automne, avec les premiers refroidissements importants, souvent associés à des passages perturbés alternant avec des périodes anticycloniques ». C'est exactement le scénario de cette semaine, après la bascule de 40 °C à 6 °C et avant le retour de l'anticyclone annoncé pour le week-end. Ensuite le mécanisme du brouillard de rayonnement : « à la tombée de la nuit, la surface terrestre se refroidit plus vite que l'air au sol », la vapeur d'eau condense « généralement en fin de nuit » et le brouillard se dissipe en matinée, « en commençant par la base, évoluant parfois en une couche de nuages bas (stratus) ». Pour le randonneur, cette couche de stratus est la fameuse mer de nuages : magnifique vue d'en haut, opaque quand on doit la traverser pour redescendre. Enfin le brouillard d'advection, qui se forme quand une masse d'air chaud et humide passe sur une surface froide : « rarement très dense », mais « son épaisseur verticale est importante et il peut se former à tout moment de la journée ». C'est celui qui tombe en fin d'après-midi sur un versant, comme mercredi au Thabor.

Dernier point, et pas le moindre : Météo-France reconnaît que « prévoir le brouillard est complexe », que c'est « un phénomène de fine échelle » dont la localisation et l'intensité « restent difficiles à prévoir avec précision », même si les modèles à maille fine « permettent en général d'identifier les zones à risque ». Concrètement, un bulletin qui annonce « nuages bas » ou « nébulosité sur les reliefs » peut se traduire par une visibilité de vingt mètres sur votre crête sans que rien n'ait été « faux » dans la prévision. Le brouillard se prépare donc moins par la météo que par la méthode : celle qui permet de continuer, ou de s'arrêter, quand on ne voit plus rien.

Vidéo officielle Météo-France, « Tout savoir : le brouillard », publiée sur la chaîne de l'établissement.

Ce que le brouillard fait à un randonneur (et pourquoi les alpages sont le pire terrain)

Le brouillard ne fait pas tomber. Il fait quelque chose de plus insidieux : il retire un à un les repères sur lesquels on navigue sans s'en rendre compte. Le sommet qui servait de cap, le lac que l'on devait longer, le refuge que l'on aurait dû apercevoir « sur votre droite au dernier moment », comme l'écrit le site de Terre Rouge : tout disparaît, et il ne reste que les dix ou vingt mètres de sol devant les chaussures. Sur ces dix mètres, un sentier de brebis ressemble à un sentier de randonneur, un cairn isolé ressemble à un cairn de balisage, et une pente qui s'adoucit ressemble à la bonne direction. Brieg Jaffrès, dont la Fédération française de la randonnée pédestre relaie les conseils d'orientation dans le brouillard, le dit à propos d'un GR pyrénéen : « dans les pâturages, il est fréquent de trouver plein de petits sentiers qui partent à droite et à gauche, c'est pourquoi il est très facile de se tromper ».

Le deuxième effet est la perte de la notion de distance. Sans repère lointain, on a toujours l'impression d'avoir marché plus loin que la réalité, et l'on quitte le bon sentier « parce que l'intersection aurait déjà dû arriver ». Le troisième est le plus dangereux : ne pas voir le terrain qui arrive. Une barre rocheuse, une pente qui se redresse au-dessus d'un torrent, un névé résiduel ou, dans les Pyrénées, ce qu'il reste d'un glacier, n'apparaissent qu'au moment où l'on est dessus. C'est pour cette raison qu'un randonneur perdu dans le brouillard ne doit jamais « descendre au jugé » vers la vallée : les vallées de montagne se terminent très souvent par des ressauts que l'on ne devine pas d'en haut. Nous l'écrivions déjà à propos de ce qu'il faut faire quand on est perdu ; le brouillard ne change pas la règle, il la rend vitale.

S'ajoute, en septembre, la variable du temps. Le soleil se couche ce vendredi à 20 h 01 et « on perd 4 minutes » par jour, note le bulletin Alertes-météo ; dans un vallon encaissé orienté à l'est, la lumière utile disparaît bien plus tôt, comme nous l'avons détaillé dans notre article sur les jours qui raccourcissent. Un brouillard qui tombe à 17 heures laisse deux à trois heures de jour ; le même brouillard à 18 h 30 impose de décider vite. Et la nuit qui suit est déjà une nuit d'automne : 6,6 °C jeudi matin à Grenoble, 8,7 °C à Annecy, en plaine. À 2 200 m, sans tente ni duvet, l'enjeu de la nuit dehors n'est plus l'égarement mais l'hypothermie.

Les trois maillons qui ont sauvé le randonneur du Thabor, comparés aux drames de la semaine

Depuis dix jours, randoguide a documenté cinq recherches de randonneurs dans les Pyrénées et une dans les Alpes. Mises côte à côte, elles disent la même chose que le bilan annuel du Système national d'observation de la sécurité en montagne : ce qui fait la différence n'est pas la gravité de l'incident initial, mais le temps qui s'écoule avant l'alerte, et la possibilité de localiser la personne. Le cas du Thabor est le seul de la série où l'alerte a été donnée le soir même par un tiers qui n'était ni un proche ni un compagnon de course : un gardien de refuge.

Six recherches en montagne, 1er-10 septembre 2026 : qui a alerté, quand, comment la personne a été localisée
CasQui a donné l'alerte, et quandLocalisationIssue
Mont Thabor, 9-10 sept. (80 ans, itinérance, brouillard)Le gardien du refuge de Terre Rouge, mercredi soir, faute de le voir arriverTéléphone allumé, « système Catcher IMSI » (France 3), après une nuit de recherches à pied et en hélicoptère dans le brouillardRetrouvé vivant jeudi 17 h, « déboussolé et fatigué », hospitalisé pour examen
Gabiétous, Gavarnie, 6-7 sept. (20 ans, seul, bivouac de deux jours)Les proches, dimanche en fin d'après-midi, à l'heure de retour dépasséeVoiture localisée le soir, drone de nuit, hélicoptère au matinDécédé (chute présumée) ; voir notre article sur les restes du glacier
Vignemale, 3-5 sept. (64 ans, seul)La famille, le lendemain du départHélicoptère, Guardia Civil, équipes au sol pendant deux joursDécédé (chute)
Lacs d'Ayous, 5 sept. (72 ans, groupe de quatre)Les compagnons, immédiatementSans objet (position connue)Décédée (chute)
Sentein, Ariège, 1er-3 sept. (74 ans, cueillette, séparé de ses amis)Les amis, le jour même vers 17 hSystème de détection des téléphones prêté par l'Andorre, le surlendemainRetrouvé vivant après deux jours ; voir comment les secours localisent un téléphone
Carlit, 2 sept. (cheville fracturée)La victime elle-même, par la fonction d'appel d'urgence du téléphonePosition transmise avec l'appelÉvacuée par le PGHM

Sources : France 3 Auvergne-Rhône-Alpes et PACA (10 septembre), Seven Radio (11 septembre), et nos articles des 4, 7 et 10 septembre 2026 pour les cas pyrénéens.

La lecture du tableau est brutale mais utile. Deux des trois personnes retrouvées vivantes l'ont été parce qu'un appareil a « parlé » à leur place : le téléphone. Et le seul cas où l'alerte est tombée en quelques heures sans qu'aucun proche n'ait eu à s'inquiéter est celui où une réservation dans un refuge gardé tenait lieu d'heure limite. C'est le sujet de la section suivante.

Le gardien de refuge, meilleure alarme de la montagne, jusqu'à la fermeture de mi-septembre

Quand vous réservez une nuit dans un refuge gardé, vous créez sans le savoir une alarme. Le gardien connaît votre nom, votre point de départ le plus souvent, et l'heure à laquelle un marcheur parti de là devrait arriver. Un lit vide au moment du dîner est, pour lui, une information : c'est ce lit vide, mercredi soir à Terre Rouge, qui a déclenché le premier hélicoptère plusieurs heures avant qu'une famille n'ait pu s'alarmer. Dans notre article sur la fiche d'itinéraire, nous insistions sur « l'hébergement et le registre de refuge » comme l'une des huit lignes à laisser à un proche. Le cas du Thabor montre que cette ligne fonctionne aussi dans l'autre sens : le refuge lui-même devient le proche qui alerte.

Trois conséquences pratiques. Un : réservez, même en septembre, même si le refuge est vide, et donnez votre point de départ du jour quand on vous le demande. Notre guide pour réserver un refuge de montagne explique comment. Deux : si vous renoncez, changez d'itinéraire ou décidez de bivouaquer, prévenez le refuge, sinon vous risquez de déclencher des recherches pour rien, et d'occuper un hélicoptère dont quelqu'un d'autre a peut-être besoin. Le refuge de Terre Rouge indique un numéro de téléphone « uniquement en période de gardiennage » ; un SMS à un proche chargé de prévenir le refuge fait aussi l'affaire. Trois, et c'est le point le plus important pour les semaines qui viennent : cette alarme s'éteint à la fin du gardiennage. Terre Rouge est ouvert « de mi-juin à mi-septembre », comme beaucoup de refuges des Cerces, du Thabor et de la Clarée. Passé cette date, un refuge d'hiver non gardé vous abritera, mais personne n'y remarquera votre absence. Nous avons consacré un guide complet à ce qui change quand le gardiennage s'arrête ; le résumé tient en une phrase : à partir de mi-septembre, l'heure limite d'alerte doit être portée par quelqu'un en bas.

Naviguer dans le brouillard : la méthode, en sept gestes

Les techniques ci-dessous sont celles que décrivent la FFRandonnée, le récit de Brieg Jaffrès sur Besoin d'Aventure et nos propres guides d'orientation. Elles supposent une carte (papier ou hors ligne), une boussole, une montre et, idéalement, un altimètre ou un GPS. Sans au moins la carte et la boussole, la seule technique valable dans le brouillard est de ne pas y aller.

  1. S'arrêter dès que le brouillard tombe et faire le point. Tant que vous savez encore où vous êtes, notez-le : dernier repère certain (col, lac, passerelle, chalet nommé), heure, altitude. C'est votre « dernier point sûr ». Toute la navigation qui suit part de là, et c'est là que vous reviendrez en cas de doute. Le pire réflexe est de « continuer un peu pour voir ».
  2. Découper l'itinéraire en objectifs proches. « Fixez-vous à chaque fois un objectif relativement proche : un virage, une intersection, un point remarquable », écrit Brieg Jaffrès. Pas « le refuge », mais « la bergerie à 400 m », puis « le pont », puis « la chapelle ».
  3. Pour chaque objectif, trois nombres : azimut, distance, temps. Relevez l'azimut sur la carte, estimez la distance, convertissez-la en temps avec des vitesses réalistes : Besoin d'Aventure retient « 350 m de dénivelé positif par heure, 450 m de dénivelé négatif en une heure, 4,5 km/h sur le plat » pour un randonneur moyen ; dans le brouillard, comptez moins. Si le temps prévu est largement dépassé sans que l'objectif apparaisse, vous n'êtes pas où vous croyez : retour au dernier point sûr.
  4. Suivre la boussole, pas le sentier. Dans un alpage, les sentes se multiplient ; la carte et l'azimut tranchent. Consultez la boussole « régulièrement », c'est-à-dire toutes les quelques dizaines de mètres, pas tous les quarts d'heure. Sur un GR, les balises rapprochées sont une aide précieuse ; ne suivez jamais une balise que vous ne pouvez pas rattacher à la précédente. Notre guide carte et boussole détaille la prise d'azimut.
  5. Utiliser l'altitude comme deuxième coordonnée. Un altimètre (montre, GPS, téléphone) transforme une courbe de niveau en rail : « suivre la courbe 2 450 jusqu'au torrent » est une consigne qu'on peut tenir sans rien voir. C'est l'un des usages les plus concrets d'une montre GPS ; sans altimètre, la carte reste lisible grâce aux courbes de niveau IGN.
  6. Le GPS en secours, pas en pilote. Une trace téléchargée hors ligne dans l'une des applications GPS que nous recommandons est précieuse pour confirmer une position. Mais elle ne dit pas si le terrain entre deux points de la trace est praticable dans le brouillard, et elle vide la batterie dont vous aurez peut-être besoin pour être localisé. Écran éteint entre deux vérifications.
  7. Ne jamais descendre au jugé. Si vous ne pouvez rattacher votre position à rien de certain, la bonne direction n'est pas « vers le bas » mais « vers le dernier point sûr », ou, s'il est trop loin ou déjà inaccessible, nulle part : on s'arrête, on s'abrite et on alerte. C'est ce qu'a fait, en substance, le randonneur du Thabor.

Le récit filmé de Brieg Jaffrès dans le brouillard, sur un GR pyrénéen, relayé par la FFRandonnée.

Perdu, la nuit tombe : rester ou descendre ?

Le randonneur du Thabor a passé la nuit dehors et a été retrouvé « en bonne santé ». Ce n'est pas une prouesse, c'est un choix : celui de ne pas chercher, dans le noir et le brouillard, un sentier qu'il n'avait déjà pas trouvé de jour. La règle est la même que celle de nos guides se perdre en randonnée et randonner en solo : quand on ne sait plus où l'on est et qu'on ne voit plus le terrain, on s'arrête, sauf danger immédiat sur place. Descendre au jugé dans une pente inconnue transforme un égarement en chute ; c'est la première cause de décès en randonnée dans le bilan 2025 du Système national d'observation de la sécurité en montagne, que nous avons détaillé dans notre article du 7 septembre.

S'arrêter ne veut pas dire s'asseoir n'importe où. Alertez d'abord, tant que le téléphone a de la batterie : 112, ou 114 par SMS. Dites où vous pensez être, d'où vous venez, ce que vous voyez, l'heure de votre dernier repère certain ; l'appel au 112 transmet en général votre position, comme nous l'expliquons dans notre article sur la géolocalisation des secours. Puis mettez-vous à l'abri du vent (un bloc, un creux, la lisière d'un bosquet de mélèzes), isolez-vous du sol avec le sac, mettez toutes vos couches avant d'avoir froid, la couverture de survie par-dessus, mangez, et bougez les extrémités. Restez visible et audible : frontale en mode clignotant vers la vallée, sifflet, trois coups répétés. Et ne laissez pas le téléphone chercher le réseau écran allumé toute la nuit : réduisez la luminosité, coupez ce qui consomme, mais laissez-le allumé. C'est ce dernier point qui a fait la différence jeudi.

Ce qu'il faut avoir dans le sac pour que cette nuit reste une mauvaise nuit et non un drame tient en peu de choses, que nous listons dans la trousse de secours et le système des trois couches : une couverture de survie, une frontale avec ses piles, une couche chaude de plus que ce que la journée demande, un bonnet, de quoi manger sans cuisiner, et une batterie externe. Aucun de ces objets ne pèse plus de 200 g.

Le téléphone qui vous retrouve même sans appel : AML, GendLoc et « Catcher IMSI »

France 3 attribue la localisation du randonneur « notamment au système Catcher IMSI ». Le terme mérite une explication, car il ne désigne pas la même chose que les outils que nous avions décrits le 4 septembre. L'Advanced Mobile Location (AML) transmet automatiquement la position du téléphone aux secours quand vous appelez le 112 ; GendLoc envoie un lien par SMS que la personne doit ouvrir pour partager sa position. Dans les deux cas, il faut un appel ou un geste de la victime, et du réseau. Un IMSI catcher, ou simulateur d'antenne-relais, fonctionne sans rien de tout cela : selon l'encyclopédie Wikipédia, il se fait passer pour une antenne du réseau, les téléphones à portée s'y enregistrent d'eux-mêmes comme ils le feraient avec n'importe quelle antenne, et le dispositif relève leur identifiant ; la même notice rappelle que ces appareils « peuvent aussi être utilisés dans des opérations de recherche et de sauvetage de personnes disparues ». C'est le principe des systèmes de détection des téléphones que nous évoquions à propos de Sentein, où le PGHM avait dû emprunter le matériel andorran, et dont nous notions que les unités de Briançon et de Grenoble étaient équipées.

Pour le randonneur, la conséquence est simple et contre-intuitive : un téléphone qui affiche « aucun réseau » n'est pas un téléphone inutile. Tant qu'il est allumé, hors mode avion, et qu'il lui reste de la batterie, il cherche une antenne, et c'est cette recherche que les secours peuvent capter. Un téléphone éteint « pour économiser la batterie » est, du point de vue de l'hélicoptère, un téléphone qui n'existe pas. Nous ne connaissons pas le détail du matériel utilisé jeudi ni sa portée, et nous ne l'inventerons pas ; retenez la règle, pas la technique : restez retrouvable. Le reportage de l'AFP ci-dessous montre le quotidien de la CRS Alpes, l'unité qui a retrouvé le randonneur.

Reportage AFP à bord de l'hélicoptère de la CRS Alpes, l'unité de secours en montagne de la police nationale engagée au Thabor.

Ce week-end des 12 et 13 septembre : beau temps, donc brouillard

Le paradoxe mérite d'être écrit noir sur blanc. Météo-France annonce pour le week-end des « conditions anticycloniques » qui « se renforcent et s'installent durablement », un temps « sec et ensoleillé dans l'ensemble » et des températures en hausse. C'est très exactement la recette du brouillard de rayonnement : nuits claires, air humide après les pluies de mercredi, sols encore frais. Attendez-vous, samedi et dimanche au petit matin, à des vallées bouchées et à des mers de nuages sur les Préalpes, le Jura, les Vosges et le piémont pyrénéen, qui se dissiperont « en matinée » ; le brouillard d'après-midi sur les crêtes, lui, dépendra de l'humidité résiduelle et ne sera pas signalé par une vigilance. Lisez le bulletin Météo Montagne pour votre massif, la ligne « nébulosité » et l'isotherme 0 °C, plutôt que la seule carte nationale ; notre guide pour lire la météo de montagne et celui sur la nouvelle vigilance infra-départementale expliquent où trouver ces lignes.

Trois autres paramètres de ce week-end changent la donne pour qui part en itinérance. Les jours : coucher du soleil à 20 h 01 vendredi, et de moins en moins. Les refuges : beaucoup ferment autour du 15 septembre, renseignez-vous avant de compter sur un lit et sur une alarme. La chasse : l'ouverture générale a lieu ce dimanche 13 septembre dans une partie des départements, et la visibilité réduite concerne aussi ceux qui tiennent un fusil. Enfin, pour ceux qui iraient plus haut, la neige annoncée par Le Dauphiné Libéré pour la nuit de mardi à mercredi aux Deux-Alpes rappelle, comme le fait Météo Paris dans sa chronique des neiges de septembre, que le retour du soleil ne remet pas les cols à l'heure d'été. Le Mont Thabor lui-même, 3 178 m, reste une course de trois jours qui se prépare, et la vallée de la Clarée un terrain d'itinérance superbe où la carte compte plus que la trace.

Comment cet article a été écrit, et ce qu'il ne dit pas.

Les faits du Thabor viennent des deux articles de France 3 du 10 septembre (Auvergne-Rhône-Alpes, 19 h 05 ; PACA, 18 h 29, citant le communiqué de la préfecture des Hautes-Alpes) et de l'appel à témoins relayé par Seven Radio le 11 septembre ; l'itinéraire Drayères – Terre Rouge et les caractéristiques du refuge viennent de son site officiel. La partie météorologique reprend la fiche « Le brouillard » de Météo-France et l'actualité du 10 septembre ; les techniques d'orientation, la FFRandonnée et Besoin d'Aventure ; le principe des IMSI catchers, l'encyclopédie Wikipédia. Nous ne connaissons ni l'endroit exact où le randonneur a été retrouvé, ni son équipement, ni le matériel de localisation précis employé par la CRS ; nous n'affirmons aucune température mesurée à 2 200 m cette nuit-là. Le brouillard ne fait l'objet d'aucune vigilance Météo-France pour la montagne : les conseils ci-dessus relèvent de la méthode, pas d'une prévision.

Questions fréquentes sur la randonnée dans le brouillard

Faut-il renoncer à partir si du brouillard est annoncé ?
Pas forcément, mais il faut changer d'itinéraire : un sentier balisé en forêt ou un GR aux balises rapprochées se suit dans le brouillard, un alpage à sentes multiples ou une crête avec des barres non. Si vous ne savez pas prendre un azimut et compter une distance, le brouillard prévu est une raison suffisante de choisir une autre sortie.

Le GPS du téléphone suffit-il pour s'orienter dans le brouillard ?
Il donne une position, ce qui est précieux, mais il ne montre ni le terrain réel entre deux points ni l'état d'une sente, et il vide la batterie. Utilisez-le pour vérifier, pas pour marcher les yeux sur l'écran, et gardez une carte et une boussole qui ne tombent jamais en panne.

Perdu dans le brouillard, vaut-il mieux redescendre vers la vallée ou rester sur place ?
Si vous pouvez revenir avec certitude à votre dernier point sûr, faites-le. Sinon, restez, abritez-vous et alertez : descendre au jugé dans une pente que l'on ne voit pas est la façon la plus sûre de transformer un égarement en chute, première cause de décès en randonnée.

Mon téléphone n'a pas de réseau : sert-il encore à quelque chose ?
Oui. Le 112 tente tous les réseaux disponibles, le 114 accepte les SMS, et un téléphone allumé, même sans réseau, peut être détecté par les systèmes de localisation des secours. Laissez-le allumé, hors mode avion, luminosité réduite, et gardez de la batterie.

Comment le refuge peut-il donner l'alerte à ma place ?
En réservant, vous indiquez que vous êtes attendu ; le gardien qui ne vous voit pas arriver au dîner appelle les secours, comme mercredi à Terre Rouge. Cela suppose de réserver même hors saison, de donner votre point de départ, de prévenir si vous renoncez, et de savoir que cette alarme disparaît avec la fin du gardiennage, vers la mi-septembre dans beaucoup de massifs.

Sources