Pourquoi choisir le Tour du Beaufortain plutôt qu'un grand classique alpin
Le Tour du Mont-Blanc capte 18 000 marcheurs par an, le Tour des Aravis grimpe en fréquentation, mais le Beaufortain garde une atmosphère de moyenne montagne pastorale, avec des chiffres de fréquentation cinq à six fois inférieurs au TMB. C'est l'un des rares tours alpins où l'on croise encore plus de vaches que de randonneurs en pleine saison.
Le profil de marche reste accessible à un randonneur entraîné. La majorité des sentiers évoluent entre 1 600 et 2 600 mètres d'altitude, avec quatre cols autour de 2 500 m. Pas de glacier à traverser, pas de passage aérien réellement engagé, mais des journées longues, parfois 8 heures de marche effective, et un dénivelé quotidien moyen de 1 200 à 1 400 m D+.
L'autre attrait est gastronomique. Le beaufort, le bleu de Termignon, la tomme de Savoie et les diots se dégustent à chaque pause refuge. Plusieurs alpages encore exploités proposent la vente directe : un détour vaut souvent un kilo de fromage en plus dans le sac.
Itinéraire classique en 6 étapes au départ d'Arêches-Beaufort
L'itinéraire de référence part d'Arêches, hameau perché au-dessus de Beaufort, et boucle au même village. Le sens antihoraire reste le plus pratiqué car il offre les plus belles ascensions en montée plutôt qu'en descente.
**Étape 1 — Arêches → Refuge de la Coire.** 16 km, 1 250 m D+, environ 7 h de marche. Montée par les hameaux de Boudin et Saint-Guérin, traversée du barrage de Saint-Guérin, ascension du Cormet d'Arêches, descente sur le refuge de la Coire à 1 957 m.
**Étape 2 — Refuge de la Coire → Refuge de la Balme.** 14 km, 1 100 m D+. Passage du col de la Sauce, traversée du lac de la Tempête, vues plongeantes sur les aiguilles de la Pennaz. Refuge gardé situé à 2 000 m.
**Étape 3 — Refuge de la Balme → Refuge de la Croix du Bonhomme.** 13 km, 1 350 m D+, étape de jonction avec le TMB. Montée par le Cormet de Roselend, traversée du plan de la Lai, ascension finale sur le col du Bonhomme à 2 329 m.
**Étape 4 — Refuge de la Croix du Bonhomme → Les Contamines-Montjoie.** 16 km, 600 m D+, 1 600 m D-. Belle descente sur Notre-Dame-de-la-Gorge, sentier muletier pavé classé. Nuit en vallée pour souffler.
**Étape 5 — Les Contamines → Refuge de la Roselette.** 13 km, 1 500 m D+. Remontée par le col du Joly, vues directes sur le Mont-Blanc et l'aiguille de Bionnassay. Refuge situé à 1 968 m, l'un des plus beaux du tour.
**Étape 6 — Refuge de la Roselette → Arêches via le lac de Roselend.** 18 km, 900 m D+, 1 700 m D-. Descente vers le célèbre lac de Roselend, traversée du col de la Bathie, retour sur Arêches par les alpages du Cuvy. Étape longue mais panoramique.
Niveau, dénivelés et difficultés à anticiper
Le Tour du Beaufortain n'est pas un trek pour débutants, contrairement à ce qu'on lit parfois. Trois raisons à cela. D'abord, les étapes 1, 3 et 6 dépassent toutes 15 km avec plus de 1 000 m de dénivelé : un randonneur qui ne marche pas régulièrement le ressentira sur la deuxième moitié du tour. Ensuite, plusieurs descentes sont longues et raides, notamment vers les Contamines et vers Arêches : 1 500 à 1 700 m D- en fin de journée pèsent sur les genoux. Enfin, le balisage GR de Pays est globalement bon mais quelques portions au-dessus du lac de la Tempête et au col de la Sauce restent peu marquées en cas de brouillard.
Côté chiffres, le tour cumule 7 500 m D+ pour 110 à 120 km selon la variante. La majorité des étapes oscillent entre 6 et 8 heures de marche effective. Les orages d'après-midi sont fréquents en juillet-août : départs avant 7 h recommandés, surtout sur les étapes 2 et 3.
Refuges, gîtes et budget réaliste
Le tour s'effectue intégralement en refuges gardés, sans bivouac obligatoire, ce qui simplifie le sac. Six nuitées en demi-pension, comptez environ 60 à 75 € la nuit en refuge CAF, et 80 à 95 € la nuit en gîte d'étape côté Contamines. La réservation est indispensable pour juillet et août, idéalement trois à quatre mois à l'avance pour la Croix du Bonhomme et la Roselette, qui affichent complet tout l'été.
Le budget global, hors transport jusqu'à Arêches, varie entre 550 et 750 € par personne pour 6 nuitées en demi-pension, plus quelques pique-niques achetés en refuge ou en boulangerie de vallée. Pour les randonneurs autonomes en alimentation, prévoyez deux à trois ravitaillements possibles : Saint-Guérin, les Contamines et Beaufort.
Les contacts à jour des refuges sont publiés par le [Club Alpin Français](https://www.ffcam.fr/) et par la [Fédération française de la randonnée pédestre](https://www.ffrandonnee.fr/), qui édite également le topo-guide officiel du GR de Pays.
Quand partir : la fenêtre météo idéale
La fenêtre praticable s'étend de la mi-juin à la fin septembre. Avant le 15 juin, plusieurs cols restent enneigés, en particulier le col du Bonhomme et le Cormet d'Arêches. Après le 25 septembre, les refuges d'altitude ferment progressivement et les nuits deviennent froides, parfois négatives à 2 000 m.
Pour un compromis météo / fréquentation, la deuxième quinzaine de juin offre des alpages fleuris et des refuges peu remplis, mais quelques névés résiduels. La première quinzaine de septembre reste la fenêtre dorée : sentiers libres, lumière plus longue, transhumance descendante, et tarifs souvent assouplis.
Les orages d'après-midi restent la norme en juillet-août. Partez tôt, idéalement avant 7 h, pour passer les cols avant 13 h. Consultez les bulletins de [Météo-France Montagne](https://meteofrance.com/meteo-montagne) la veille au soir et le matin même.
Vidéo : aperçu du tour en images
Comment rejoindre le départ du trek
Depuis la France, le moyen le plus simple reste le train puis le bus. Lyon → Albertville s'effectue en 1h45 en TGV, puis 45 minutes de bus régional vers Beaufort (ligne T80 du réseau Cars Région Auvergne-Rhône-Alpes). De Beaufort à Arêches, comptez 10 minutes de bus ou de taxi, le hameau étant situé 4 km en amont. En voiture, depuis Lyon comptez 2h15 ; depuis Genève, 1h30. Parking gratuit à Arêches, mais saturé en août : arrivée la veille recommandée pour partir à l'aube.
Le retour est simple si vous bouclez en sens antihoraire : vous redescendez sur Arêches, exactement à votre point de départ. Aucun transfert logistique n'est nécessaire, ce qui simplifie nettement la planification par rapport à un trek linéaire.
Équipement : ce qui change par rapport à un trek classique
Le sac type ressemble à celui d'un trek alpin standard, avec quelques ajustements. Premièrement, un duvet 5 °C confort suffit, les refuges fournissant draps et couvertures. Deuxièmement, les bâtons de marche télescopiques sont fortement recommandés pour soulager les genoux sur les longues descentes du jour 4 et du jour 6. Troisièmement, des chaussettes anti-ampoules de qualité font une différence réelle sur un tour de 6 jours : prévoyez au moins trois paires en rotation.
Côté chaussures, des modèles tige mi-haute, type B, sont idéaux : éboulis sur le Cormet d'Arêches, sentiers boueux après orage, traversées de torrents non équipés. Évitez les chaussures basses de type trail, qui suffisent rarement sur plus de cinq jours consécutifs avec sac chargé.
Pensez également à une gourde filtrante ou à un système type Sawyer Mini pour boire dans les torrents d'altitude : plusieurs sources sont sûres mais les troupeaux modifient localement la qualité de l'eau au-dessus des alpages.
FAQ
**Le Tour du Beaufortain est-il plus facile que le Tour du Mont-Blanc ?** Globalement oui, mais pas de beaucoup. Le dénivelé cumulé est plus faible (7 500 m contre 10 000 m), la difficulté technique réduite et aucun passage aérien réel. En revanche, deux étapes dépassent les 16 km, ce qui peut être plus exigeant qu'un TMB classique de 14 km. Niveau requis : randonneur intermédiaire à confirmé, autonome sur 6 à 8 heures de marche par jour.
**Peut-on faire le tour en autonomie complète avec tente ?** C'est techniquement possible mais peu recommandé. Le bivouac est toléré entre 19 h et 9 h hors zones protégées, mais l'accès aux refuges en demi-pension reste très abordable et permet d'alléger considérablement le sac. Quelques randonneurs combinent : trois nuits en refuge, deux nuits en bivouac près des lacs d'altitude. Vérifiez la réglementation locale, notamment près de la réserve naturelle des Contamines.
**Quelle est la meilleure période pour observer la transhumance ?** La montée des troupeaux s'étale entre la mi-juin et le 5 juillet selon les alpages. La descente, plus spectaculaire, a lieu entre le 10 et le 25 septembre. Si l'observation des vaches tarines pomponnées vous intéresse, ciblez la première semaine de juillet ou la deuxième semaine de septembre.
**Faut-il un permis ou une autorisation pour bivouaquer ?** Aucun permis n'est requis sur le tour, mais le bivouac est encadré dans la réserve naturelle des Contamines (étape 4-5) : interdit dans la zone centrale, toléré uniquement en bordure et au-dessus de 2 000 m, entre 19 h et 9 h, à plus d'une heure de marche de toute route. Respectez les consignes locales et ne faites pas de feu : le Beaufortain est en zone à risque incendie en juillet-août.
Au final, pour qui ?
Le Tour du Beaufortain s'adresse à un public assez large : randonneur intermédiaire à confirmé, à l'aise sur des journées de 6 à 8 heures, capable d'enchaîner six étapes consécutives sans repos complet. Si vous avez déjà bouclé un Tour du Queyras, un Tour des Aravis ou la traversée du Vercors sans difficulté, le Beaufortain sera dans votre zone de confort.
C'est aussi un excellent premier trek alpin pour quelqu'un qui a déjà fait du GR en moyenne montagne et qui veut goûter à l'ambiance refuge sans s'engager sur les cols à 3 000 m du Cervin ou de l'Oisans. Ajoutez à cela les fromages AOP, les lacs d'altitude photogéniques et la quasi-absence de foule en juin et en septembre, et vous obtenez l'un des plus beaux tours moyens des Alpes françaises.