En randonnée, on prête volontiers attention aux chaussures et à la veste imperméable, mais on néglige souvent le vêtement le plus proche du corps : la première couche. C'est pourtant elle qui détermine, en grande partie, le confort et la sécurité du marcheur. Portée à même la peau, elle a pour mission d'évacuer la transpiration afin de garder le corps au sec. Deux grandes familles de fibres se disputent ce rôle, la laine mérinos et le synthétique. Voici comment trancher selon vos sorties.

Le rôle de la première couche dans le système 3 couches

La randonnée par temps frais ou en montagne repose sur le principe des trois couches. La couche externe est la veste imperméable et coupe-vent qui protège des intempéries. La couche intermédiaire — une polaire ou une doudoune légère — assure l'isolation thermique. La première couche, elle, est le sous-vêtement technique en contact direct avec la peau. La Fédération française de la randonnée pédestre rappelle régulièrement l'intérêt de ce système modulable, que l'on adapte en ajoutant ou en retirant une épaisseur.

Le rôle de cette première couche n'est pas de tenir chaud, mais de gérer l'humidité. Lorsqu'on marche, on transpire, même par temps froid. Si cette transpiration reste sur la peau, elle refroidit le corps dès qu'on s'arrête : c'est la sensation désagréable du vêtement mouillé et glacé. Une bonne première couche éloigne l'humidité de la peau et la transfère vers les couches supérieures, où elle s'évapore. Le marcheur reste ainsi au sec et à une température stable.

Pourquoi le coton est à proscrire

Avant même de comparer mérinos et synthétique, une règle s'impose : en randonnée, on évite le coton pour la première couche. Le coton absorbe l'humidité comme une éponge, jusqu'à plusieurs fois son poids, et la conserve très longtemps. Un tee-shirt en coton trempé de sueur met des heures à sécher et plaque sur la peau une pellicule froide et inconfortable.

Cette propriété, anodine en ville, devient problématique en montagne. Un vêtement de coton humide accélère le refroidissement du corps et peut, par mauvais temps, favoriser l'hypothermie. Les alpinistes résument crûment le danger par une formule connue : « le coton tue ». La Fédération française des clubs alpins et de montagne insiste elle aussi sur le choix de matières qui sèchent vite et évacuent la transpiration. Pour la première couche, on réserve donc le coton aux usages quotidiens, loin des sentiers.

La laine mérinos : confort, chaleur et anti-odeurs

La laine de mérinos provient d'une race de moutons dont la fibre est particulièrement fine. Cette finesse change tout : contrairement à la laine grossière d'autrefois, le mérinos ne gratte pas et se porte agréablement à même la peau. Reconnue comme une fibre naturelle de référence, notamment par The Woolmark Company, la laine mérinos possède des qualités difficiles à imiter pour le randonneur.

Son premier atout est la régulation thermique : le mérinos tient chaud quand il fait froid, reste respirant quand il fait doux et conserve une partie de son pouvoir isolant même humide. Son deuxième atout est sa résistance naturelle aux odeurs : la fibre limite le développement des bactéries responsables des mauvaises odeurs, si bien qu'un sous-vêtement en mérinos peut se porter plusieurs jours d'affilée sans devenir incommodant — un avantage précieux en trek. En contrepartie, le mérinos sèche plus lentement que le synthétique, coûte plus cher et reste plus fragile à l'usure.

Les fibres synthétiques : séchage rapide et robustesse

Les premières couches synthétiques sont fabriquées à partir de polyester ou de polypropylène. Leur point fort est l'évacuation de l'humidité : ces fibres n'absorbent quasiment pas l'eau et transfèrent très vite la transpiration vers l'extérieur du vêtement. Résultat, un tee-shirt synthétique sèche remarquablement vite, ce qui est appréciable lors des efforts intenses et des sorties par forte chaleur.

Le synthétique présente d'autres avantages : il est robuste, résiste bien aux frottements répétés du sac à dos et coûte généralement moins cher que le mérinos. Son principal défaut est l'inverse de la qualité du mérinos : il retient les odeurs, car les bactéries s'y développent facilement. Après une longue journée, un vêtement synthétique sent fort. Il faut aussi savoir que le lavage des textiles synthétiques libère des microfibres plastiques dans l'eau, un enjeu environnemental documenté notamment par l'ADEME. De nombreux fabricants proposent désormais des modèles en polyester recyclé.

Mérinos ou synthétique : comment choisir

Le choix dépend avant tout du type de sortie. Pour une randonnée à la journée, intense et par temps chaud, le synthétique, qui sèche vite, est souvent le plus pratique. Pour un trek de plusieurs jours, une sortie par temps froid ou une activité où l'on alterne effort et longues pauses, le mérinos l'emporte par son confort, sa régulation thermique et sa discrétion olfactive.

Il n'est d'ailleurs pas nécessaire de trancher définitivement. Beaucoup de randonneurs possèdent les deux et choisissent selon la saison et la durée de la sortie. Les fabricants proposent par ailleurs des étoffes mixtes, qui associent une âme synthétique pour la solidité et le séchage à des fibres de mérinos pour le confort et l'effet anti-odeurs. Ces mélanges constituent souvent un excellent compromis pour qui ne veut acheter qu'un seul vêtement polyvalent.

Grammage, coupe et entretien

Au-delà de la matière, le grammage — le poids de tissu au mètre carré — détermine la chaleur du vêtement. Un grammage léger, autour de 150 g/m², convient aux sorties estivales et aux gros efforts. Un grammage plus élevé, de 200 à 260 g/m², est adapté au froid et à la montagne hivernale. La coupe doit être près du corps, sans serrer : la fibre travaille mieux au contact de la peau, mais un vêtement trop compressif gêne le mouvement et la respiration.

L'entretien conditionne la durée de vie de la première couche, surtout en mérinos. On lave de préférence à l'eau froide ou tiède, sur un programme délicat, sans adoucissant — qui bouche les fibres — et sans sèche-linge, dont la chaleur abîme la laine. Un séchage à plat, à l'air libre, est idéal. Bien entretenu, un bon sous-vêtement technique accompagne le randonneur durant de nombreuses saisons.

Foire aux questions

Le mérinos ou le synthétique, lequel tient le plus chaud ? À grammage égal, la laine mérinos procure une sensation de chaleur plus régulière et conserve une partie de son isolation même lorsqu'elle est humide. Le synthétique tient moins chaud une fois mouillé, mais il sèche beaucoup plus vite. Pour le froid, on privilégie le mérinos ; pour les efforts très transpirants, le synthétique reste pertinent.

Peut-on porter une première couche en coton pour randonner ? C'est fortement déconseillé. Le coton absorbe la transpiration, sèche très lentement et refroidit le corps dès l'arrêt de l'effort, ce qui peut devenir dangereux en montagne. On lui préfère systématiquement la laine mérinos ou une fibre synthétique technique.

Pourquoi le mérinos sent-il moins mauvais que le synthétique ? La fibre de laine mérinos freine naturellement le développement des bactéries responsables des odeurs. Un même vêtement peut donc se porter plusieurs jours sans devenir incommodant, là où une première couche synthétique sent fort dès la fin d'une journée d'effort.

Quel grammage choisir pour sa première couche ? Pour les randonnées estivales et les efforts intenses, un grammage léger d'environ 150 g/m² suffit. Pour le froid et la montagne en hiver, on s'oriente vers 200 à 260 g/m². Disposer de deux modèles de grammages différents couvre la grande majorité des situations.

Comment laver un sous-vêtement en laine mérinos ? Lavez-le à l'eau froide ou tiède sur un programme délicat, sans adoucissant et sans sèche-linge, puis faites-le sécher à plat. Cet entretien soigneux préserve la finesse des fibres et prolonge nettement la durée de vie du vêtement.