Au-dessus de 2 500 mètres, l'air se raréfie et le corps doit composer avec une quantité d'oxygène réduite. Cette adaptation, lorsqu'elle se passe mal, déclenche le mal aigu des montagnes, plus connu sous l'acronyme MAM. Loin d'être une simple gêne réservée aux himalayistes, le MAM concerne aussi de nombreux randonneurs qui montent trop vite vers les refuges alpins ou les sommets pyrénéens. Comprendre ses mécanismes, savoir identifier ses premiers signes et appliquer les bons réflexes peut éviter une fin de séjour gâchée et, dans les cas graves, sauver une vie.
Comprendre le mal aigu des montagnes : un déséquilibre silencieux
Le MAM survient parce que l'organisme reçoit moins d'oxygène que ce dont il a besoin pour fonctionner normalement. À 3 500 mètres, la pression partielle d'oxygène dans le sang chute d'environ trente pour cent par rapport au niveau de la mer. Le cœur s'accélère, la respiration devient plus profonde, les reins éliminent davantage de bicarbonates pour rééquilibrer le pH sanguin. Ce processus d'acclimatation prend plusieurs jours et tout le monde n'y répond pas avec la même efficacité. Certains randonneurs très entraînés se révèlent paradoxalement plus sensibles que des marcheurs occasionnels, car la condition physique ne protège pas du MAM. Seule l'exposition progressive permet au corps de fabriquer de nouveaux globules rouges et de modifier sa physiologie pour mieux capter l'oxygène disponible.
Les médecins de montagne distinguent trois formes de la maladie. La forme bénigne, simplement appelée MAM, regroupe les céphalées, les nausées, la fatigue et les troubles du sommeil. L'œdème pulmonaire de haute altitude (OPHA) provoque une accumulation de liquide dans les poumons et se traduit par un essoufflement extrême et une toux productive. L'œdème cérébral de haute altitude (OCHA), enfin, gonfle le cerveau et provoque des troubles neurologiques majeurs. Ces deux dernières formes engagent le pronostic vital en quelques heures et nécessitent une descente immédiate.
Reconnaître les premiers symptômes avant qu'il ne soit trop tard
Le score de Lake Louise reste l'outil de référence pour évaluer la sévérité du MAM. Il prend en compte quatre items principaux : maux de tête, troubles digestifs, fatigue et étourdissements. Un score de trois ou plus, associé à une montée récente au-dessus de 2 500 mètres, signe le diagnostic. Les randonneurs apprennent à se méfier des céphalées qui apparaissent quelques heures après l'arrivée à l'altitude, surtout lorsqu'elles résistent au paracétamol. Les nausées sans cause alimentaire évidente, les insomnies marquées par des respirations irrégulières et la sensation de marcher dans le brouillard sont autant de signaux à prendre au sérieux.
Certains signes doivent déclencher l'alerte rouge. Une toux sèche persistante qui devient grasse, des crépitements audibles dans la poitrine, une coloration bleutée des lèvres ou des ongles évoquent un OPHA. Une démarche ébrieuse, une confusion, des hallucinations ou une perte d'équilibre flagrante au test du tandem (marcher pied contre pied sur une ligne droite) signent un OCHA débutant. Dans les deux cas, la règle absolue tient en deux mots : descendre, immédiatement.
Acclimatation : la prévention reine
La prévention du MAM repose sur une règle d'or formulée par les médecins du Club Alpin Suisse : ne jamais monter de plus de cinq cents mètres pour la nuit au-dessus de trois mille mètres, et inclure un jour de repos à altitude constante tous les mille mètres de gain. Cette recommandation se traduit concrètement par un trekking au Népal qui dure vingt jours plutôt que dix, ou par une nuit supplémentaire à mi-parcours sur l'ascension d'un sommet alpin de quatre mille mètres. Le célèbre adage des alpinistes anglo-saxons résume tout : « climb high, sleep low ». Monter haut dans la journée pour stimuler l'organisme, mais redescendre dormir à une altitude plus modérée pour récupérer.
L'hydratation joue un rôle essentiel. À haute altitude, la respiration accélérée et l'air sec accentuent les pertes hydriques. Les médecins recommandent quatre à cinq litres d'eau par jour. Les boissons sucrées et les tisanes chaudes facilitent l'absorption et limitent les troubles digestifs. À l'inverse, l'alcool aggrave la déshydratation et perturbe le sommeil paradoxal, déjà fragilisé par l'altitude. Mieux vaut reporter le verre de vin du refuge à la descente.
L'alimentation doit privilégier les glucides complexes, qui se métabolisent en consommant moins d'oxygène que les graisses ou les protéines. Pâtes, riz, pain et féculents constituent le carburant idéal. Les bonbons et boissons sucrées sur le sentier maintiennent une glycémie stable et limitent la fatigue.
Prophylaxie médicamenteuse : avec qui en parler ?
Pour les ascensions rapides, lorsque le profil de l'itinéraire ne permet pas une acclimatation idéale, certains traitements préventifs ont fait leurs preuves. L'acétazolamide (Diamox), prescrit à la dose de 125 à 250 milligrammes deux fois par jour à partir de la veille de la montée, accélère l'adaptation rénale et réduit l'incidence du MAM d'environ cinquante pour cent. Ses effets secondaires, principalement des fourmillements des extrémités et une augmentation des mictions, restent généralement tolérables. La dexaméthasone et la nifédipine sont réservées aux contextes spécifiques et toujours sous prescription médicale.
Cette prophylaxie ne dispense jamais d'une acclimatation progressive et n'autorise pas à passer outre les symptômes naissants. Elle constitue un filet de sécurité, pas un permis de monter vite. Une consultation auprès d'un médecin de montagne agréé reste indispensable avant tout trek prévu au-dessus de quatre mille mètres, surtout en cas d'antécédents cardiovasculaires ou respiratoires.
Rappel essentiel pour les randonneurs : au-dessus de 3000m, écoutez votre corps. Le MAM ne pardonne pas l'orgueil.
— FFCAM (@FFCAM_officiel)
Que faire quand le MAM s'installe ?
Devant un MAM bénin, la conduite à tenir tient en trois mots : pause, hydratation, antalgique. Le randonneur arrête sa progression, reste à l'altitude atteinte sans monter davantage et prend un comprimé de paracétamol ou d'ibuprofène pour les céphalées. Si les symptômes s'aggravent ou ne s'améliorent pas après douze à vingt-quatre heures, la descente devient obligatoire. Une perte d'altitude de cinq cents à mille mètres suffit généralement à faire disparaître les signes en quelques heures.
Pour un OPHA ou un OCHA, la descente d'urgence est la seule réponse efficace. Un caisson hyperbare portable, présent dans certains refuges himalayens, peut faire gagner quelques heures précieuses en attendant l'évacuation. L'oxygène d'appoint et la dexaméthasone injectable sont des compléments utiles mais ne remplacent jamais la perte d'altitude. En France, le PGHM des Alpes ou des Pyrénées peut être contacté via le 112 pour une évacuation héliportée.
FAQ — Mal aigu des montagnes
À partir de quelle altitude le MAM peut-il survenir ?
Les premiers symptômes apparaissent généralement au-dessus de 2 500 mètres, mais des cas ont été décrits dès 2 000 mètres chez des sujets particulièrement sensibles. Le risque devient significatif au-delà de 3 000 mètres et concerne la majorité des trekkeurs au-dessus de 4 500 mètres.
Les enfants et personnes âgées sont-ils plus à risque ?
Les enfants ne sont pas plus sensibles que les adultes, mais ils expriment moins clairement leurs symptômes, ce qui retarde la prise en charge. Les personnes âgées en bonne santé tolèrent souvent mieux l'altitude que les jeunes adultes, possiblement parce qu'elles montent plus lentement et écoutent davantage leur corps.
Le MAM peut-il survenir au sommet du Mont-Blanc ?
Oui, le Mont-Blanc à 4 810 mètres est régulièrement le théâtre de cas de MAM, et plusieurs OCHA y sont déclarés chaque année. Une acclimatation préalable de plusieurs jours dans les Alpes au-dessus de 3 000 mètres réduit considérablement le risque.
Une bonne condition physique protège-t-elle du MAM ?
Non, et c'est même un piège classique. Les sportifs très entraînés montent souvent plus vite, ce qui les expose davantage au MAM. La sensibilité individuelle dépend de facteurs génétiques mal compris, et seule l'exposition progressive permet au corps de s'adapter, indépendamment du niveau de forme.
Doit-on consulter avant un trek d'altitude ?
Une visite médicale est recommandée pour tout séjour prévu au-dessus de 3 500 mètres, et indispensable au-dessus de 4 500 mètres. Les centres spécialisés comme l'IFREMMONT à Chamonix proposent des consultations dédiées et peuvent prescrire un traitement préventif adapté à votre profil.
Pour aller plus loin
Le MAM n'est pas une fatalité, mais il exige du randonneur une humilité particulière face à la montagne. Monter lentement, écouter son corps et savoir renoncer constituent les meilleures protections. Le sommet attendra ; la santé, elle, ne se rattrape pas toujours.
Liens utiles : - Société Française de Médecine de Montagne : [https://www.medecine-montagne.fr](https://www.medecine-montagne.fr) - IFREMMONT, institut de formation et recherche en médecine de montagne : [https://www.ifremmont.com](https://www.ifremmont.com) - Recommandations officielles du Club Alpin Français : [https://www.ffcam.fr](https://www.ffcam.fr) - Fiche Wilderness Medical Society sur le MAM : [https://wms.org](https://wms.org)