Tracé dans les pas de l'écrivain écossais Robert Louis Stevenson, qui traversa le Gévaudan avec son ânesse Modestine en 1878, le GR70 Chemin de Stevenson déroule 272 kilomètres de sentiers du Puy-en-Velay, en Haute-Loire, jusqu'à Alès, dans le Gard. Sur douze à quinze jours de marche, ce chemin littéraire relie la Margeride, le mont Lozère et les Cévennes dans une succession de paysages volcaniques, de hauts plateaux granitiques et de vallées schisteuses. Accessible sans acclimatation à l'altitude, balisé en rouge et blanc, jalonné de gîtes d'étape et de tables d'hôtes, le Stevenson est devenu en quelques années l'un des itinéraires préférés des randonneurs français et européens à la recherche d'un trek culturel, méditatif et à portée de famille.

Le GR70 Chemin de Stevenson en bref

Classé parmi les itinéraires les plus fréquentés du massif Central, le GR70 s'étire sur 272 kilomètres officiels avec environ 6 500 mètres de dénivelé positif cumulé. Le départ officiel se situe place du Breuil au Puy-en-Velay (630 m) et l'arrivée à Saint-Jean-du-Gard, certains marcheurs prolongeant jusqu'à Alès (137 m). Point culminant : le sommet de Finiels, au mont Lozère, à 1 699 mètres. Le chemin traverse quatre départements — Haute-Loire, Lozère, Gard, et passe brièvement par l'Ardèche — ainsi que le parc national des Cévennes, classé réserve de biosphère par l'UNESCO. Il s'adresse aux randonneurs ayant l'habitude de marcher 20 à 25 kilomètres par jour, sans recherche de difficulté technique.

Quelle période choisir pour parcourir le Stevenson

Le sentier reste ouvert toute l'année mais la fenêtre pratique s'étend de mi-avril à mi-octobre. Entre mai et juin, les pâturages du mont Lozère se couvrent de narcisses et de genêts en fleurs, les journées s'allongent et les gîtes ne sont pas encore saturés. Juillet et août concentrent la majorité des passages, avec parfois plus de 80 marcheurs quotidiens en haute saison : il devient indispensable de réserver chaque étape trois à quatre semaines à l'avance. Septembre offre probablement le meilleur compromis — températures clémentes, lumières rasantes, hébergements disponibles — tandis qu'octobre annonce la fin de saison avec des couleurs automnales spectaculaires mais des journées plus courtes et des premières fermetures de gîtes. L'hiver reste déconseillé aux randonneurs non autonomes : neige régulière au mont Lozère, gîtes fermés et balisage partiellement enfoui.

Itinéraire étape par étape

Le découpage classique en 12 étapes convient à la majorité des marcheurs. Voici la répartition la plus courante retenue par les topos-guides et les agences de portage :

  1. Le Puy-en-Velay → Saint-Privat-d'Allier (24 km, +650 m) : sortie de la capitale de la Haute-Loire par le plateau volcanique.
  2. Saint-Privat-d'Allier → Saugues (20 km, +700 m) : descente sur Monistrol et première traversée de l'Allier.
  3. Saugues → Le Sauvage (20 km, +550 m) : entrée en Margeride, pays du loup de Gévaudan.
  4. Le Sauvage → Le Bleymard (22 km, +500 m) : hauts plateaux de la Lozère et villages en granit.
  5. Le Bleymard → Le Pont-de-Montvert (17 km, +650 m) : ascension du mont Lozère via le sommet de Finiels.
  6. Le Pont-de-Montvert → Florac (25 km, +700 m) : descente dans les Cévennes schisteuses.
  7. Florac → Cassagnas (18 km, +500 m) : vallée du Mimente, forêts de châtaigniers.
  8. Cassagnas → Saint-Germain-de-Calberte (19 km, +650 m) : terrasses cévenoles et villages camisards.
  9. Saint-Germain-de-Calberte → Saint-Jean-du-Gard (24 km, +500 m) : dernière crête avant la vallée.
  10. Saint-Jean-du-Gard → Alès (24 km, +300 m) : étape optionnelle par les vallées basses.

Les marcheurs disposant de plus de temps découpent souvent la 6e étape en deux pour profiter de Pont-de-Montvert et visiter le musée Stevenson de Florac. Les plus rapides regroupent au contraire les trois premières étapes en deux grands jours.

Profil d'altitude et difficulté

Contrairement aux idées reçues, le Stevenson n'est pas un itinéraire plat. Le dénivelé cumulé de 6 500 mètres positifs se concentre sur quatre étapes-clés : la sortie du Puy, la traversée de l'Allier, l'ascension du mont Lozère et les crêtes cévenoles entre Cassagnas et Saint-Germain. Aucune étape n'excède cependant 800 mètres de montée, et le sentier est exclusivement tracé sur pistes forestières, drailles de transhumance et petites routes goudronnées. Il ne présente aucune difficulté technique : pas de passage aérien, pas de pierrier exposé, pas de gué sérieux. Un randonneur en bonne condition physique, habitué à marcher 6 à 7 heures par jour avec un sac de 8 à 10 kilos, parcourt le GR70 sans encombre. Les familles avec enfants de plus de 10 ans passent également, quitte à raccourcir certaines étapes.

La météo reste le principal facteur de difficulté. Les plateaux de Margeride et du mont Lozère sont exposés au vent et aux orages estivaux qui se forment rapidement en fin d'après-midi. Partir tôt, consulter le bulletin Météo France du jour et adapter son horaire sont des habitudes indispensables, particulièrement entre Le Sauvage et Le Bleymard où aucun abri n'est disponible sur 12 kilomètres de plateau.

Budget, hébergements et logistique

L'infrastructure d'accueil est l'un des grands atouts du Stevenson. Chaque village d'étape dispose au minimum d'un gîte d'étape communal ou associatif. Budget indicatif pour 12 jours en demi-pension :

  • Gîtes d'étape : 45 à 60 € la nuit en demi-pension (dortoir, dîner, petit-déjeuner).
  • Chambres d'hôtes : 75 à 110 € la nuit en demi-pension pour deux personnes.
  • Bivouac autorisé : gratuit mais soumis à la réglementation du parc national des Cévennes sur la portion Lozère-Florac (bivouac toléré une nuit, à plus d'une heure de marche d'un accès routier, du coucher au lever du soleil).
  • Portage de bagages : 10 à 14 € par étape et par sac, proposé par plusieurs agences locales basées au Puy, à Florac ou à Saint-Jean-du-Gard.
  • Transports : TER SNCF jusqu'au Puy-en-Velay et retour en bus depuis Alès via Nîmes ou Mende.

Compter 900 à 1 200 € pour 12 jours en demi-pension gîte, ou 450 à 600 € en bivouac autonome avec repas achetés en épiceries de village.

Matériel indispensable pour le GR70

Le Stevenson se prête à un équipement volontairement léger. Le balisage rouge et blanc est très dense, les points d'eau sont fréquents, les villages tous les 15 à 20 kilomètres permettent de se ravitailler quotidiennement. La liste suivante couvre les douze étapes en demi-pension gîte :

  • Sac à dos 35 à 45 litres avec housse de pluie.
  • Chaussures de randonnée basses ou mid tige, rodées, à semelle crantée type Vibram.
  • Système 3 couches : t-shirt technique, polaire ou doudoune légère, veste imperméable respirante.
  • Deux pantalons légers dont un convertible, un short, trois paires de chaussettes techniques.
  • Bâtons de randonnée fortement recommandés pour les descentes cévenoles.
  • Gourde filtrante ou pastilles de purification, même si la plupart des fontaines sont potables.
  • Mini trousse de secours avec pansements ampoules, désinfectant, antalgique.
  • Topo-guide officiel FFRandonnée GR70 (réf 700) ou application mobile avec trace GPX.

Culture, patrimoine et anecdotes littéraires

Le GR70 n'est pas qu'un parcours sportif : il est d'abord un itinéraire littéraire et historique. Le Puy-en-Velay, classé patrimoine mondial de l'UNESCO au titre des chemins de Saint-Jacques, déploie sa cathédrale romane, son rocher Corneille et la statue Notre-Dame de France. La Margeride garde la mémoire de la Bête du Gévaudan, ce loup anthropophage qui terrorisa la région entre 1764 et 1767. Le mont Lozère a vu Stevenson bivouaquer à la belle étoile, épisode qu'il raconte dans Voyage avec un âne dans les Cévennes (1879). Les Cévennes schisteuses portent enfin la trace de la guerre des Camisards — cette révolte protestante du début du XVIIIe siècle — dont les maisons-musées de Mas Soubeyran et du Pont-de-Montvert retracent l'histoire.

À Florac, l'Office de tourisme du parc national des Cévennes abrite un petit musée Stevenson et propose un sentier littéraire avec citations du roman. Arriver le soir à Saint-Jean-du-Gard, point final officiel du voyage de Stevenson en 1878, offre une forme de boucle émotionnelle rare sur un GR contemporain.

Marcher avec un âne : l'expérience Stevenson originale

Une quinzaine de loueurs d'ânes sont implantés le long du GR70, principalement autour du Puy, de Cheylard-l'Évêque, du Bouchet-Saint-Nicolas et de Florac. Louer un âne bâté coûte 45 à 60 euros par jour, avec un brief pratique au départ, un licol, un bât et des sacoches. Un âne porte confortablement 30 à 40 kilos, ce qui décharge complètement une famille ou un petit groupe et permet aux enfants de marcher à son rythme. Les loueurs organisent un rapatriement du dernier village d'étape vers le point de départ par transport dédié. L'expérience rallonge un peu le voyage — un âne marche à 3 ou 4 km/h — mais offre une dimension pédagogique et émotionnelle unique.

Environnement et réglementation du parc national des Cévennes

Entre Le Bleymard et Saint-Jean-du-Gard, le GR70 traverse la zone cœur du parc national des Cévennes, seul parc national français habité. La réglementation y est stricte : chiens tenus en laisse obligatoirement, camping interdit, bivouac toléré une nuit du coucher au lever du soleil à plus d'une heure de marche d'un accès véhicule, cueillette limitée à 500 g par personne, feux strictement interdits hors zones aménagées. Ces règles protègent une faune remarquable — vautours fauves et moines réintroduits dans les gorges de la Jonte toutes proches, mouflons, cerfs — et une flore endémique comme l'anémone pulsatille des Cévennes. Les randonneurs croisent régulièrement les patrouilles de gardes-moniteurs, reconnaissables à leur uniforme vert.

Préparation physique et entraînement

Pour tenir la cadence de 20 à 25 kilomètres quotidiens, une préparation de six à huit semaines est conseillée aux randonneurs peu entraînés. Trois sorties par semaine suffisent : deux sorties de 8 à 12 kilomètres en semaine avec dénivelé, une sortie longue le week-end de 18 à 25 kilomètres avec sac chargé à 8 kilos minimum. L'objectif est de rôder les chaussures, d'identifier les points de friction ampoules, de muscler les quadriceps et les mollets, et d'habituer le dos à une journée complète avec sac. Intégrer des montées d'escalier et du renforcement gainage accélère les progrès. Les randonneurs confirmés peuvent se contenter de deux à trois sorties longues dans les quinze jours précédant le départ.

Questions fréquentes sur le GR70 Chemin de Stevenson

Faut-il réserver ses nuitées à l'avance ?

Oui, à partir de juin et jusqu'à mi-septembre. Les gîtes d'étape de petits villages comme Cheylard-l'Évêque ou Le Sauvage n'accueillent que 15 à 25 personnes et se remplissent trois à quatre semaines à l'avance en haute saison. La plupart des plateformes de la FFRandonnée ou les sites dédiés permettent de tout planifier en un seul circuit.

Peut-on parcourir le Stevenson avec un chien ?

Oui, mais tenu en laisse obligatoire dans la zone cœur du parc national des Cévennes. Prévenir systématiquement les hébergeurs : beaucoup acceptent les chiens moyennant 5 à 10 euros supplémentaires mais d'autres refusent strictement. Anticiper les étapes sans ombre ni point d'eau sur le mont Lozère est indispensable pour le bien-être de l'animal.

Quel est le sens de parcours recommandé ?

Le sens officiel va du Puy-en-Velay vers Alès, comme Stevenson en 1878. Il offre une progression narrative cohérente avec le livre et un dénivelé globalement descendant sur les deux tiers du parcours. Certains marcheurs aguerris optent pour le sens inverse afin de terminer face aux volcans d'Auvergne : c'est faisable mais moins fréquenté, avec un balisage parfois moins lisible en sens rétrograde.

Le balisage est-il fiable ?

Excellent. Le GR70 est entretenu par les comités départementaux FFRandonnée de la Haute-Loire, de la Lozère et du Gard. Le balisage rouge et blanc est peint sur arbres, rochers ou poteaux tous les 100 à 200 mètres dans les zones denses. Une trace GPX téléchargée sur une application mobile complète utilement le topo-guide papier lors des rares jonctions avec d'autres GR ou PR.

Y a-t-il beaucoup de dénivelé technique ?

Non. Le GR70 ne comporte aucun passage câblé, aucune échelle, aucun pas d'escalade. La totalité du sentier se parcourt en chaussures de randonnée classiques, sans casque ni équipement alpin. Seules les descentes cévenoles sur dalles schisteuses humides demandent de la vigilance par temps pluvieux.

Peut-on faire le Stevenson en plusieurs fois ?

Oui, c'est même une formule fréquente. Les découpages courants sont 3 × 4 jours ou 2 × 6 jours, en utilisant les gares TER du Puy-en-Velay, de Langogne, de Villefort et d'Alès comme points de départ et d'arrivée. Les liaisons en autocar entre les villages d'étape et les gares sont assurées quasi quotidiennement en saison.

Ressources officielles pour préparer son Stevenson

Pour une préparation complète, consulter le site officiel Association sur le Chemin de Robert Louis Stevenson qui fédère hébergeurs, loueurs d'ânes et transporteurs de bagages. Le parc national des Cévennes publie la réglementation détaillée du bivouac et les arrêtés saisonniers. Enfin, le portail FFRandonnée donne accès au topo-guide officiel réf. 700 ainsi qu'aux mises à jour de balisage signalées par les baliseurs bénévoles.

Préparer son GR70 Chemin de Stevenson, c'est rejoindre une tradition littéraire vieille de plus d'un siècle tout en s'offrant un trek accessible, bien balisé et spectaculaire. Douze jours, 272 kilomètres, une ânesse en tête de file s'il le faut — et le Gévaudan qui se laisse traverser une fois de plus.