On le surnomme parfois « le sentier le plus difficile d'Europe ». Le GR20 traverse la Corse en diagonale, du nord-ouest au sud-est, en suivant la grande dorsale schisteuse et granitique qui partage l'île en deux. Près de 180 kilomètres et 12 000 mètres de dénivelé positif cumulé sur une quinzaine d'étapes en haute montagne : voilà ce qui attend chaque année des milliers de marcheurs venus se mesurer à ce parcours mythique.

Ce n'est ni une promenade ni une simple itinérance forestière. Le GR20 est une vraie randonnée alpine, avec passages câblés, pierriers, traversées d'arêtes et nuits en refuge. Mais c'est aussi l'une des plus belles traversées de montagne au monde, un défilé d'aiguilles, de lacs et de pozzines qu'aucun autre sentier français n'offre. Ce guide réunit l'essentiel pour préparer correctement votre traversée, du choix du sens au contenu du sac.

Le GR20 en bref

Le tracé relie Calenzana, dans la Balagne au nord-ouest, à Conca, au-dessus de Porto-Vecchio au sud-est. Il est traditionnellement divisé en deux moitiés : la partie nord, plus minérale et technique, et la partie sud, plus forestière et roulante. La plupart des randonneurs effectuent la traversée intégrale en 15 ou 16 jours d'étapes, certains préférant scinder le parcours en deux séjours.

Le sentier est entièrement balisé en rouge et blanc et entretenu par le Parc naturel régional de Corse, qui gère également l'ensemble des refuges gardés du parcours. Les étapes restent courtes en kilomètres mais longues en temps de marche, en raison du dénivelé et de la nature accidentée du terrain. Comptez en moyenne 6 à 8 heures de marche effective par jour, hors pauses.

Quand partir : la fenêtre météo idéale

La saison s'ouvre de mi-juin à fin septembre. Avant la mi-juin, des névés persistent souvent sur les passages exposés du nord (brèche de Capitellu, pointe des Eboulis) et rendent certains tronçons techniques sans équipement adapté. Après début octobre, les refuges ferment et la neige peut tomber au-dessus de 2 000 mètres.

Les meilleures conditions se trouvent généralement entre la fin juin et la première quinzaine de juillet, puis à partir de la deuxième quinzaine d'août jusqu'à fin septembre. En plein cœur de l'été, l'affluence devient importante, la chaleur peut être étouffante sur les étapes basses et l'eau se raréfie sur certains plateaux. Les orages de fin d'après-midi sont fréquents : un départ très matinal s'impose en haute saison.

Nord-sud ou sud-nord : quel sens choisir ?

Historiquement, la traversée se fait du nord vers le sud, de Calenzana à Conca. C'est le sens classique, plébiscité pour deux raisons : la partie la plus difficile est avalée en premier, lorsque la fraîcheur physique et mentale est au maximum, et la progression vers le sud donne le sentiment d'arriver vers la mer, dans des paysages de plus en plus doux.

Le sens inverse, sud-nord, séduit ceux qui préfèrent monter en puissance progressivement, en s'habituant au rythme et au terrain dans des étapes moins techniques avant d'aborder les passages d'alpinisme du nord. C'est aussi une stratégie utile pour éviter la foule dans le sens dominant, certains tronçons étant moins encombrés en partant de Conca.

Les étapes clés du parcours

Au nord, l'étape Calenzana–Ortu di u Piobbu donne le ton dès le premier jour : longue, raide, exposée au soleil. Suit la traversée vers Carrozzu, puis l'étape réputée la plus engagée du parcours, qui mène à Asco par le cirque de la Solitude historique (aujourd'hui contourné par un itinéraire alternatif depuis l'éboulement de 2015). Les étapes du Monte Cinto et du lac de Nino, plus loin, comptent parmi les plus spectaculaires : crêtes panoramiques, pozzines tourbeuses et chevaux semi-sauvages.

Le passage par Vizzavona, à mi-parcours, constitue une coupure naturelle. C'est l'unique étape urbaine, accessible en train, et un point de ravitaillement apprécié. La partie sud, parfois jugée moins exigeante, n'est pas moins belle : les aiguilles de Bavella, traversées à l'avant-dernière journée, offrent l'un des sommets esthétiques de la traversée. Les profils détaillés sont consultables sur le site officiel du Parc naturel régional de Corse ainsi que sur celui de la FFRandonnée.

Refuges, bivouac et ravitaillement

Le GR20 compte une douzaine de refuges gardés, espacés d'une étape, ainsi que quelques bergeries d'altitude qui font office d'auberges saisonnières. Les places en dortoir sont limitées et la réservation à l'avance, via le portail officiel du parc, est devenue obligatoire en haute saison. Le bivouac est autorisé uniquement sur les emplacements dédiés autour des refuges, contre une nuitée payante.

Le ravitaillement se fait dans les refuges et bergeries (repas chauds, fromages locaux, charcuteries) et lors des deux ou trois points d'accès routier (Calacuccia, Vizzavona, Bavella). Pour limiter le poids du sac, beaucoup de randonneurs choisissent de manger sur place le soir et le matin et ne portent qu'un en-cas de midi et quelques aliments énergétiques de secours.

Niveau requis et préparation

Le GR20 n'est pas un sentier pour débutants. Il suppose une expérience préalable de la randonnée en montagne sur plusieurs jours, le port d'un sac de 8 à 12 kilos, l'aisance dans les passages câblés et sur le rocher peu exposé. Une préparation physique de plusieurs mois (marche régulière avec sac, dénivelé répété, cardio) est indispensable pour profiter du parcours sans souffrance excessive.

Côté matériel, l'essentiel tient en quelques pièces : chaussures de randonnée à tige montante et semelle adhérente, vêtements techniques en superposition (le temps change vite en altitude), veste imperméable, casquette et lunettes catégorie 3, sac à viande pour les refuges, gourdes ou poche à eau de 2 litres minimum. Une trousse de soins et une couverture de survie complètent l'équipement de base. La Fédération française des clubs alpins et de montagne publie des listes de matériel adaptées au GR20.

Sécurité, eau et météo

La météo en Corse peut basculer en quelques heures : orages électriques violents en fin de journée, brouillards qui effacent le balisage, pluies froides en altitude. Consultez systématiquement le bulletin Météo-France la veille du départ, et n'hésitez pas à renoncer à une étape exposée si le ciel se charge. La règle d'or reste de partir tôt, d'arriver tôt, et de ne jamais s'engager seul sur les passages techniques.

L'eau est disponible à chaque refuge et bergerie, ainsi qu'à plusieurs sources et lacs intermédiaires, mais certains tronçons en sont totalement dépourvus pendant plusieurs heures. Anticipez en remplissant vos contenants à chaque point d'eau identifié. En cas d'incident, le 112 fonctionne sur la majeure partie du tracé, mais des zones blanches subsistent : un sifflet, une couverture de survie et la connaissance des protocoles d'alerte restent indispensables.

FAQ — Préparer son GR20

Combien de temps faut-il pour faire le GR20 ?

Comptez 15 à 16 jours pour la traversée intégrale au rythme classique. Les marcheurs très expérimentés bouclent parfois le sentier en 10 à 12 jours en regroupant les étapes. À l'inverse, prévoir une journée de repos à Vizzavona reste une option appréciée pour récupérer.

Le GR20 est-il accessible aux débutants ?

Non. Le sentier exige une expérience préalable de la randonnée en moyenne et haute montagne, une bonne condition physique et l'aisance sur des passages aériens ou rocheux. Une première itinérance plus simple, comme le tour du Mont Blanc ou un GR alpin, sert souvent de préparation logique.

Faut-il réserver les refuges à l'avance ?

Oui, c'est désormais obligatoire en haute saison via le portail officiel du Parc naturel régional de Corse. Les places en dortoir et les emplacements de bivouac partent vite dès l'ouverture des réservations au printemps.

Peut-on faire le GR20 en autonomie complète ?

C'est possible, mais le bivouac sauvage est interdit en dehors des emplacements officiels. L'autonomie alimentaire complète alourdit fortement le sac et n'apporte guère d'avantages : les refuges offrent des repas chauds à des tarifs raisonnables et permettent de marcher plus léger.

Quelle assurance prévoir avant le départ ?

Une assurance responsabilité civile vie privée couvre le minimum, mais une assurance spécifique montagne (proposée par la FFRandonnée ou la FFCAM) est fortement conseillée. Elle prend en charge les frais de secours non couverts par la Sécurité sociale et le rapatriement éventuel.

Mettre un pied devant l'autre

Le GR20 ne ressemble à aucun autre sentier français. On en revient changé, le dos endurci, les mollets durs comme du bois et l'esprit lavé par quinze jours d'altitude. Bien préparée, la traversée reste à la portée d'un randonneur entraîné. Mal préparée, elle peut se transformer en épreuve. Quelques mois d'entraînement, une lecture attentive des étapes et un équipement bien choisi suffisent à faire pencher l'aventure du bon côté.