Le GR20 traverse la Corse du nord au sud en passant par la dorsale montagneuse de l'île. Sur 180 kilomètres et 16 étapes officielles, il enchaîne crêtes acérées, pierriers, lacs glaciaires et villages perchés. Souvent qualifié de sentier le plus difficile d'Europe, il attire chaque année près de 17 000 marcheurs en quête de dépassement. Avant de se lancer, mieux vaut comprendre ce qui distingue ce trek d'une simple grande randonnée et préparer méthodiquement son sac, son rythme et son mental.
Pourquoi le GR20 est-il considéré comme si exigeant ?
Le GR20 cumule en moyenne 10 000 mètres de dénivelé positif sur la totalité du parcours. Aucun col n'est anecdotique : on monte, on descend, on remonte, souvent sur du rocher mouillé ou des pierriers instables. Le tronçon nord, entre Calenzana et Vizzavona, concentre les passages techniques comme le Cirque de la Solitude (désormais contourné) ou les arêtes du Monte Cinto. Le tronçon sud est plus roulant mais les étapes restent longues et chaudes.
À cela s'ajoutent les conditions météo capricieuses, les orages d'altitude fréquents en juillet et août, et l'absence de portage assuré entre la plupart des refuges. Il faut donc savoir lire le terrain, gérer son effort sur plusieurs jours d'affilée et accepter une certaine dose d'inconfort. Le Parc naturel régional de Corse publie chaque année une fiche d'information utile pour préparer son passage.
Pour visualiser le terrain réel avant de partir, cette vidéo donne un bon aperçu des paysages et des difficultés :
Quelles sont les étapes classiques du nord au sud ?
L'itinéraire historique part de Calenzana, en Balagne, et descend jusqu'à Conca, au-dessus de Porto-Vecchio. Les étapes phares incluent la montée vers le refuge d'Ortu di u Piobbu, la traversée du plateau du Cuscione, la descente sur le lac de Nino et la longue journée entre Petra Piana et l'Onda. Beaucoup de marcheurs scindent les étapes les plus difficiles en deux pour préserver leurs genoux.
Le sens nord-sud reste le plus pratiqué car il attaque les difficultés en début de parcours, lorsque les jambes sont encore fraîches. Certains randonneurs préfèrent toutefois le sens sud-nord pour terminer par les paysages les plus spectaculaires, avec en bouquet final le Monte Cinto. Quel que soit votre choix, il faut compter entre 12 et 16 jours de marche effectifs.
Comment se loger : refuges, bivouac ou hôtels ?
Le GR20 dispose d'un réseau de refuges gardés gérés par le Parc naturel régional de Corse. La réservation en ligne est obligatoire depuis quelques années via le site officiel montagne-corse.com. On peut dormir en dortoir, en tente louée sur place ou avec sa propre tente sur les emplacements de bivouac balisés. Les repas chauds sont disponibles dans la plupart des refuges, ce qui permet d'alléger son sac.
Quelques villages situés sur le parcours, comme Haut-Asco, Vizzavona ou Bavella, offrent des hébergements en hôtel ou en gîte d'étape. Ils permettent de couper le trek en deux semaines distinctes si l'on souhaite une coupure douche, lessive et repas copieux. Pour les budgets serrés, le bivouac reste la solution la plus économique, à condition de respecter scrupuleusement les zones autorisées.
Quel équipement emporter pour le GR20 ?
Le sac idéal pèse entre 8 et 10 kilos sans l'eau ni la nourriture. On y trouve obligatoirement de bonnes chaussures de randonnée à tiges montantes, un sac de couchage léger, une veste imperméable, des bâtons télescopiques, une lampe frontale et une trousse de premiers soins. Les bâtons ne sont pas un luxe : ils soulagent les genoux dans les descentes interminables sur pierriers.
Côté hydratation, prévoyez au minimum deux litres d'eau et un système de filtration ou des pastilles de purification. Les sources sont nombreuses au nord mais se raréfient au sud. La Fédération Française de la Randonnée Pédestre propose sur ffrandonnee.fr des listes d'équipement validées par des guides professionnels. Enfin, n'oubliez pas la crème solaire haute protection : le rayonnement en altitude est très puissant, même par temps couvert.
Quand partir et combien ça coûte ?
La saison s'étend de mi-juin à mi-septembre. Avant le 15 juin, certains cols sont encore enneigés et plusieurs refuges restent fermés. Après le 20 septembre, les gardiens quittent les refuges et la météo devient instable. Le pic de fréquentation se situe entre le 14 juillet et le 20 août : si vous pouvez décaler en juin ou septembre, vous profiterez d'un parcours bien plus tranquille.
Le budget moyen pour faire le GR20 en autonomie partielle (refuges et demi-pension) tourne autour de 900 à 1 300 euros, incluant les transports depuis le continent. En bivouac avec ravitaillement personnel, on peut descendre à 500 euros. Les billets de ferry vers Bastia ou Ajaccio se réservent plusieurs mois à l'avance pendant l'été.
FAQ : vos questions sur le GR20
Faut-il être un sportif de haut niveau pour faire le GR20 ?
Non, mais il faut une bonne condition physique générale, l'habitude de marcher plusieurs heures avec un sac à dos et idéalement quelques sorties en montagne préparatoires. Trois mois d'entraînement régulier suffisent à un randonneur motivé.
Peut-on faire le GR20 en plusieurs fois ?
Oui, c'est même de plus en plus courant. Beaucoup de marcheurs réalisent le tronçon nord une année et le tronçon sud l'année suivante. Vizzavona, accessible en train depuis Bastia et Ajaccio, est le point de coupure logique.
Faut-il prendre un guide ?
Pas obligatoire si vous savez lire une carte et suivre un balisage. Le sentier est marqué en rouge et blanc tout du long. En revanche, sur certains passages techniques par mauvais temps, l'accompagnement d'un professionnel sécurise vraiment la sortie.
Y a-t-il du réseau téléphonique sur le parcours ?
Le réseau est très inégal. On capte dans la plupart des refuges et près des villages, beaucoup moins dans les zones d'arêtes ou les vallées encaissées. Prévoyez une batterie externe et téléchargez vos cartes en mode hors ligne avant de partir.
Le GR20 est-il adapté aux familles ?
Pour des enfants entraînés à la randonnée, certaines étapes du sud restent faisables. La traversée intégrale est en revanche déconseillée avant 14-15 ans en raison des passages exposés au nord. Mieux vaut commencer par des sentiers comme le Mare a Mare Centre, plus accessible.
Préparation physique : trois mois bien sentis
Trois mois avant le départ, intégrez deux à trois sorties hebdomadaires combinant marche en dénivelé, renforcement musculaire (squats, fentes, gainage) et sorties longues le week-end. Les escaliers, le footing lent en nature et le vélo de route sont d'excellents compléments. L'objectif n'est pas de tenir une étape isolée mais d'enchaîner six à huit heures de marche par jour pendant deux semaines, avec un sac sur le dos.
Le mois précédant le départ, faites au moins une sortie de deux jours consécutifs en montagne avec votre sac complet et vos chaussures de trek. C'est le seul test fiable pour repérer un point de frottement, un ajustement mal réglé ou un équipement inadapté. Mieux vaut découvrir une ampoule récidivante près de chez soi qu'au troisième jour du GR20.
Pour aller plus loin
Le GR20 est un trek de toute une vie, mais il s'inscrit dans un écosystème de sentiers corses bien plus large. Si vous avez aimé l'expérience, regardez du côté du Mare a Mare Nord, du Mare e Monti ou du Sentier des Douaniers. Vous y retrouverez le sel de la Corse sans l'engagement physique du GR20, ce qui en fait d'excellentes mises en jambes ou de magnifiques aventures à part entière. Les communautés de randonneurs sur les forums spécialisés regorgent aussi de retours d'expérience récents, étape par étape, refuge par refuge, qui complètent utilement les guides imprimés.