Le GR20 jouit d'une réputation que peu de sentiers d'Europe peuvent revendiquer. Tracé en 1972 à travers l'épine dorsale granitique de la Corse, il relie Calenzana au nord à Conca au sud sur environ 180 kilomètres, pour un dénivelé positif cumulé de 11 000 mètres. Aucune autre traversée française n'enchaîne autant de cols à plus de 2 000 mètres ni n'expose autant le marcheur aux paysages minéraux d'altitude. Voici les étapes qui marquent durablement ceux qui s'y engagent.

L'entrée en matière : Calenzana – Ortu di u Piobbu

Dès la première étape, le ton est donné. Au départ de Calenzana, joli village perché de Balagne à seulement 275 mètres d'altitude, le sentier grimpe sans détour vers les crêtes. En sept à huit heures de marche, on franchit 1 500 mètres de dénivelé positif pour atteindre le refuge d'Ortu di u Piobbu, niché à 1 570 mètres dans un cirque dominé par le Capu Ladroncellu. Cette première journée sert de filtre naturel : beaucoup de randonneurs sous-estiment l'effort et arrivent au refuge dans un état d'épuisement qui hypothèque la suite.

Le passage par la Bocca a u Saltu offre la première vraie récompense visuelle : un panorama sur la mer Méditerranée et les villages de la côte ouest qui plante immédiatement le décor. Le terrain alterne entre maquis odorant et premiers blocs de granite, avant-goût des journées suivantes.

Le mythique Cirque de la Solitude (et son contournement)

Pendant des décennies, la traversée du Cirque de la Solitude entre Ascu Stagnu et Tighjettu a constitué le morceau de bravoure du GR20. Chaînes, échelles métalliques et passages câblés permettaient de descendre puis remonter une faille granitique vertigineuse. Après le drame de juin 2015, qui a coûté la vie à sept randonneurs emportés par un éboulement, le tracé officiel a été dévié par la Brèche de Stagnu et l'arête nord du Monte Cinto.

Le nouvel itinéraire reste exigeant mais évite la verticale du cirque. Il monte sous le Monte Cinto, point culminant de la Corse à 2 706 mètres, et offre des panoramas inédits sur le versant nord de l'île. Les randonneurs aguerris peuvent toujours emprunter une variante non balisée qui passe au plus près des couloirs historiques, mais cette option demande expérience montagnarde, météo stable et bonne lecture de terrain.

Le passage par les lacs de Melu et Capitellu

Au sud du refuge de Petra Piana, l'itinéraire offre une option dite « variante des crêtes » qui longe les sommets entre 2 200 et 2 400 mètres. Pour ceux qui préfèrent le tracé classique, la descente vers le refuge de l'Onda puis la montée vers Vizzavona traversent un univers de pozzines, ces tourbières d'altitude tapissées d'une herbe rase d'un vert presque irréel.

Mais le clou de cette moitié sud reste indiscutablement la boucle des lacs de Melu (1 711 m) et Capitellu (1 930 m), accessibles depuis Petra Piana en aller-retour à la journée. Deux miroirs glaciaires sertis dans des cirques de granite, encadrés par la Punta alle Porte et le Capitellu lui-même. Beaucoup considèrent ce détour comme la plus belle parenthèse contemplative du sentier.

Vizzavona : le point de bascule

Le village de Vizzavona, traversé par la voie ferrée et la route nationale, marque la coupure traditionnelle entre GR20 nord et GR20 sud. Certains randonneurs ne parcourent qu'une moitié, faute de temps ou par choix : la partie nord, plus minérale et exposée, attire les amateurs de haute montagne, tandis que la partie sud, plus pastorale, plaît à ceux qui privilégient les ambiances et les bergeries.

C'est aussi à Vizzavona que beaucoup ravitaillent pour la suite : le petit commerce dépanne, mais on peut profiter d'une nuit à l'hôtel ou en gîte pour récupérer avant la seconde moitié. La forêt de pins laricio qui entoure le village abrite d'ailleurs l'une des plus belles cascades de Corse, les fameuses Cascades des Anglais, accessibles en une demi-heure de marche.

Le plateau du Coscione et la fin pastorale

La traversée du plateau du Coscione, entre les refuges d'Usciolu et Asinau, offre un contraste saisissant avec la rudesse minérale du nord. Vastes étendues herbeuses, troupeaux de vaches en estive, sources fraîches : on retrouve ici l'âme pastorale de la Corse intérieure. Le sentier suit globalement la ligne de crête entre 1 600 et 2 000 mètres, sans difficulté technique majeure mais avec des journées longues qui demandent un bon foncier.

L'avant-dernière étape, qui contourne l'Aiguilles de Bavella, replonge dans le minéral. Ces flèches de granite rouge, hautes de 200 à 300 mètres, comptent parmi les paysages les plus photographiés de l'île. Le sentier passe au pied de la Punta di l'Acellu et descend ensuite vers Conca par un long sentier en lacets dans le maquis, où la mer s'invite à nouveau dans le panorama.

Préparation et logistique

Le GR20 ne se traverse pas sans préparation. Les refuges du Parc naturel régional de Corse, espacés en moyenne de cinq à sept heures de marche, exigent une réservation préalable obligatoire via la plateforme officielle. La haute saison s'étend de mi-juin à mi-septembre : en dehors de cette fenêtre, les refuges sont fermés ou en gestion réduite, et la neige peut persister sur certaines portions jusqu'à fin juin.

Comptez quinze à seize jours pour la traversée intégrale en version classique, dix à douze jours pour une version sportive. Le portage d'eau reste limité grâce aux sources nombreuses, mais prévoyez minimum deux litres de capacité pour les journées les plus exposées. Le ravitaillement intermédiaire s'effectue principalement à Vizzavona et, dans une moindre mesure, aux refuges qui proposent quelques denrées de base.

FAQ : préparer votre GR20

**Quel niveau faut-il pour s'engager sur le GR20 ?** Une bonne condition physique généraliste suffit, mais il faut avoir déjà randonné en montagne avec dénivelé. Comptez au minimum quatre à cinq sorties de 1 000 à 1 200 mètres de D+ dans les mois qui précèdent. L'aisance dans les passages caillouteux et sur les chaînes améliore beaucoup le confort.

**Faut-il un équipement spécifique ?** Des chaussures à tige mid ou haute sont indispensables, ainsi que des bâtons de marche fortement recommandés. Le sac doit rester sous les douze kilos hors eau pour préserver ses chevilles sur quinze jours. Un duvet léger suffit en été : les refuges fournissent matelas et couvertures.

**Quelle direction privilégier : nord-sud ou sud-nord ?** Le sens nord-sud (Calenzana vers Conca) reste classique car il attaque par les portions les plus difficiles, alors que la fatigue est encore absente. Le sens inverse offre une montée en puissance plus progressive et un finale spectaculaire sur le Cinto.

**Que faire en cas de météo défavorable ?** Les orages d'été corses peuvent être violents et soudains. Plusieurs refuges proposent des journées d'arrêt en cas d'alerte. Ne franchissez jamais une crête exposée en cas d'orage électrique : redescendez vers le refuge le plus proche et attendez la fenêtre suivante.

**Le GR20 est-il accessible aux familles ?** Pas dans sa version intégrale. Toutefois, certaines portions courtes (1 à 3 jours) sont parfaitement réalisables avec des adolescents habitués à la marche, notamment la section Vizzavona – Capannelle ou la boucle des lacs.

Ressources utiles

Pour planifier votre traversée, consultez le site officiel du [Parc naturel régional de Corse](https://www.pnr.corsica/) qui centralise les réservations de refuges et les conditions actualisées du sentier. Le [Centre Régional d'Information sur la Montagne Corse](https://www.corse.developpement-durable.gouv.fr/) publie les bulletins de sécurité par massif. Enfin, l'[association de bénévoles GR20.fr](https://www.gr20.fr/) maintient un retour terrain communautaire précieux, mis à jour quotidiennement en haute saison.

Le GR20 reste, malgré sa notoriété, un sentier de haute montagne où la prudence ne se négocie pas. Bien préparé, il offre quinze jours d'une intensité paysagère que peu d'itinéraires européens peuvent égaler.